Marathon de Boston (Etats-Unis) le 18 avril 2011

18Avr - by admin - 0 - In Amériques Etats-Unis Marathon Sport

115th Boston Marathon, mon sixième Marathon

Logo Boston Marathon
Logo Boston Marathon

Massachussets, USA

Particularité de ce marathon: C’est LE marathon à courir dans sa vie pour les américains et non celui de New York tant convoité par les français.

Pourquoi? Parce ce que c’est le plus ancien marathon du monde, que c’est le plus difficile des Top Five car il comporte des descentes aux enfers de K0 à K10, des hauts et des bas puis des collines mortelles à partir de K30 dont la fameuse et bien-nommée Heartbreak Hill et une autre descente qui casse les quadri dans les derniers kilos et aussi parce l’inscription y est soumise à une sélection stricte.

Pour ma part, je n’ai pas obtenu (il me manque 12 minutes) les temps nécessaires pour les qualifications, heureusement que quelques dossards sont prévus pour des novices comme moi.

Ainsi, je pourrai courir dans la cour des grands avec les grands.

Nous voyageons avec l’agence Thomas Cook Marathon.

Ma préparation

Boston Marathon 2011
Boston Marathon 2011

Du 20 Décembre 2010 au 17 Avril 2011.4 entrainements par semaine sur 17 semaines.

Mars 2011: J’ai reçu mon numéro de dossard. Je suis avec les bleus dans la troisième vague, une nouvelle quoi! L’hotel prévu est surbooké, nous logerons à Beacon Hill, en surclassé.

Avril 2011: Convocation reçue, j’ai réservé ma place de parking à l’aéroport. Je commence à préparer nos valises dans quelques jours.

Boston marathon 2011
Boston marathon 2011

J moins trois, dans mon régime scandinave, j’aborde la phase hyper glucidique. La première phase de 4 jours débutant à J moins 7 était composée de lipides + protéine et dépourvue de glucide.
J’ai évidemment fait quelques écarts mais le poids a chuté quand même de 2 kg (associé à quelques soucis familiaux minimes).
Phase hyper glucidique: petit-déj de ce matin un bol de 500ml de thé, 1 yaourt nature sans sucre, un gatosport fait maison (farine, raisins secs, bicarbonate de soude, miel) qui va me suivre dans les bagages à Boston et une orange.

Affiche dans la rue
Affiche dans la rue

L’ entrainement pour ce marathon de Boston a été vraiment fastidieux et sérieux, je n’ai couru aucune autre course à part celle de décembre avec Benoit. Ce marathon très spécial, très sélectif et surtout très prestigieux
( c’est le plus vieux marathon du monde, la 115ème édition) dont l’inscription préalable nécessite des temps qualificatifs. Malheureusement pour moi, je ne cours pas assez vite pour pouvoir prétendre à une quelconque acceptation.
Heureusement , il existe des tours opérateurs possédant quelques dossards pour que des coureurs moyens comme moi puissent courir aux côtés ou plutôt derrière les grands. Nous avons droit au dernier sas qui démarre 40 mn après l’élite.
Cela ne me dérange pas du tout, je vais pouvoir apprécier l’ambiance si particulière de ce marathon réputé pour la ferveur de ses spectateurs tout au long du parcours. Je suis prête à recevoir les ovations du public lors de mon passage.

J moins 1: Je ne dors plus depuis quinze jours ou si peu, environ 4 à 5 heures par jour, pourtant je ne me sens pas si stressée que cela consciemment.
Le voyage en avion s’est bien déroulé malgré plusieurs passages dans des zones de turbulence. Récit du voyage ici.

Boston, Etats-Unis: le 18 Avril 2011

Arche d'arrivée
Arche d’arrivée

Avec le décalage horaire, le réveil est inutile, nous sommes sur pied dès 4h30. Mes affaires sont déjà prêtes depuis la veille, seule la météo est incertaine, je ne sais pas si je dois porter des manches longues ou pas.
Le vent souffle fort ici, le forecast prévoit des rafales ouest, ce qui est bon pour nous.
Après une bonne douche revigorante, le petit-déjeuner est pris dans le calme, tous les autres coureurs devant prendre leur bus de bonne heure.
Le système de course en ligne oblige les organisateurs d’emmener les coureurs en bus à leur point de départ (comme à NYC). Les participants étant au nombre de 27000, des vagues de départ étagées de 6h à 7h30 permettent de répartir la montée dans les bus.

Les fameux bus scolaires
Les fameux bus scolaires

Et effectivement, tout se déroule à merveille, l’attente est minime et le trajet jusqu’à Hopkinton permet de se concentrer sur la course qui nous attend. Dans mon bus scolaire, j’arrive à m’assoupir un peu, derrière moi,
tout le monde jacasse mais comme je comprends peu de mot, j’arrive à me reposer. Beaucoup de routes sont coupées, les bus scolaires circulent en procession, c’est assez impressionnant. Nous sommes les rois du monde.

Ville de départ du Marathon de Boston 2011
Ville de départ du Marathon de Boston 2011

8h30- Hopkinton- Nous descendons du bus et croisons des milliers de coureurs qui se dirigent vers le village des athlètes.
Nous y sommes, je ne peux plus reculer. Mais je me sens prête.

Je suis équipée d’une mini-caméra embarquée que j’ai testé quinze jours auparavant et que je porte en bandeau. En marchant, les images sont stables mais en courant, il faut avoir le coeur bien accroché mais j’avais tellement envie de retenir tous ces souvenirs notamment les cris des filles de Wellesley et mon arrivée. Je vais essayer de capter l’émotion, l’enthousiasme et l’effervescence de cette course mythique.

Toilettes Marathon Boston

Mon entrée dans le sas étant prévu à 10h10 pour un départ à 10h40, j’ai assez de temps pour re-aller aux toilettes et surtout pour me concentrer. J’étale un bout de plastique sur le gazon humide et m’assoie dessus. J’en profite pour écouter les conversations et essayer de les comprendre. Je n’ose engager un dialogue de peur de ne pouvoir la poursuivre. J’ai beau avoir écouter mes podcasts en américain tous les jours depuis 1 an, je n’arrive pas à comprendre l’accent de ces yankees.

Parcours du Marathon de Boston
Parcours du Marathon de Boston

Je sais que je n’oublierai jamais cette course avant même de l’avoir entamé. Je ressens toute cette ferveur populaire et ma peur s’évanouit peu à peu, je sais… Je sais que je vais y arriver, je sais que je ne vais pas battre un super record mais également que je
vais savourer chaque seconde et chaque foulée de cette course malgré ses difficultés. Je m’y suis préparée. Je suis prête…

Après avoir retrouvé mon bus pour y déposer mon sac qui sera acheminé vers la zone d’arrivée à Boston, nous marchons lentement vers notre sas de départ. Qu’ils sont bruyants ces américains, on dirait des gosses.
10h40- Je franchit la ligne de départ après 5 minutes environ
et je n’arrive pas à déclencher ma Garmin, M…e!!! Je suis déconcentrée mais rapidement je regarde autour de moi et me laisse emporter par la vague de coureurs.

« Surtout ne pas aller trop vite, pas trop vite… » n’arrêtais-je pas de me répéter malgré la descente tentante. Je sais que je dois garder des forces pour la suite. Je sais qu’il y a 3 côtes mais je ne me souviens plus à quel moment. Tant pis, on verra bien. D’autant que compter
en mile rend la course moins longue qu’en kilomètre.
Dehors, les habitants de Hopkinton ont sorti leur table de pique-nique en ce beau jour venteux mais ensoleillé. Leurs cris et encouragements nous accompagnent tout au long du chemin.

Effectivement pour ce premier semi, je tiens une forme olympique, la course ressemble à une de mes sorties longues, je me sens complètement à l’aise et j’aurai couru ainsi la seconde partie de la course s’il n’y avait eu…

Wellesley: Mi parcours du Marathon de Boston
Wellesley: Mi parcours du Marathon de Boston

J’entends au loin les fameux cris de ces jeunes filles de Wellesley conformes à leur réputation. Je sais que ces hurlements ne me sont pas destinés mais j’en ai quand même des frissons dans le dos. Pour ne pas oublier, je filme.
Mais je sais également qu’après ce passage agréable vont débuter les difficultés.

Miles 16- Je sens que je ralentis, la côte est à peine perceptible mais elle est bien là. Je veille à bien raccourcir mes foulées et à bien respirer, deux foulées pour une inspiration. Ouf, je l’ai trouvé bien sympa celle-là.
Est-ce la fameuse Hill? Pendant que je cogite, revoilà cette sensation désagréable de ralentissement, je pense qu’il s’agit de la deuxième montée. Mince, je me souviens que Heartbreak Hill est la troisième. Bof, je me dis qu’elle ne devrait pas être si difficile que cela. Mais de plus en plus de spectacteurs s’amassent le long du trajet et nous encoutagent. Pourquoi sont-ils de plus en plus nombreux et surtout pourquoi je ralentis autant?

Heartbreak Hill. J’y suis enfin, je m’y suis préparée depuis quatre mois. J’y suis enfin, je m’applique à courir en économisant mes forces, je n’entends plus rien autour de moi, je cours dans ma tête, je visualise le sommet de cette côte. Mais n’y pensons pas, je m’imagine que l’arrivée sera bientôt proche. Mais ouille, mon corps n’est plus qu’un muscle qui se contracte et se relâche sans cesse. Surtout ne pas marcher, ne pas s’arrêter. Allez,
souffle, souffle, respire, avance. Je ne pense plus, j’ouvre grands mes yeux et mes oreilles, tous mes sens sont en éveil. Je veux que chaque parcelle de mon corps se souvienne de cette journée, de cette course.
Je veux pouvoir me rappeler chaque pas ébauché, chaque sourire échangé, chaque mot d’encouragement crié. Je suis tentée de stopper ma progression pour que se fige cet instant de grâce où la souffrance se mue en plaisir. Je ne veux pas que cette course s’arrête, jamais.

Mais mes pas m’emportent malgré moi vers le haut de la colline. Une arche et des acclamations l’attestent. Ce n’est pas la délivrance pour autant, la route n’est pas un fleuve tranquille et à chaque nouvelle descente correspond également une montée. Et la prudence qui me guide
m’empêche d’accélerer. Je ne connais pas le parcours, j’attends avec impatience le dernier kilomètre qui devrait être tranquille. Où est donc l’arrivée? Où est-elle donc? Je cours toujours, avec régularité, ne pas marcher, non, à aucun moment. Enfin voici au loin le fameuse enseigne lumineuse CITGO qui est le point de ralliement des supporters de Red Socks et qui indique au marathonien que l’arrivée est proche. Je commence à presser l’allure, je me sens si bien et j’ai l’impression que des ailes ont poussé dans mon dos. Je ressens un pincement au coeur,
la fin est proche, je ne sais s’il faut accélerer pour rattraper le temps perdu dans les côtes ou ralentir pour jouir encore de ce moment inoubliable où les coureurs ont plus que leur quart d’heure de gloire.

Ca y est, nous y sommes, nous tournons à gauche et au loin apparait l’arche d’arrivée. Elle est proche et pourtant j’aimerai suspendre le temps pendant une éternité afin de ne jamais oublier ce moment qui ne dure que quelques minutes.

Finish line
Finish line

Cinq minutes, je dois me décider, au feu rouge, j’y vais, non, au niveau des tribunes, oh et puis zut, je me sens survoltée , je respire un grand coup, je branche ma mini-caméra et je fonce, je fonce, je sprinte dans un dernier sursaut de folie comme si les 42km n’ont jamais été parcourus.

Je dépasse un, dix, vingt coureurs ou plus juste pour le plaisir de me sentir vivante. Je suis vivante, je souris (la preuve sur mes photos de l’arrivée), je suis…heureuse.

J’ai maitrisé cette course que je redoutais tant, j’ai maitrisé mon corps, je n’ai pas frappé le mur, j’ai terminé avec encore plein de force dans les jambes mais j’aurai pu faire mieux, mon rêve secret étant de faire moins de quatre heures, mais si un jour j’atteins ce rêve, quel serait le prochain?

Allons un marathon, ce n’est pas toujours aussi sérieux, quel est le prochain?

Et pourquoi pas un petit tour en Alsace?

Post-Marathon

Après avoir passé la ligne d’arrivée bien crâneuse, je me sens nauséeuse, je zigzague mais je regarde avec dédain les chaises roulantes qui nous attendent. Je respire plusieurs fois profondément et marche calmement. Je reprends mes esprits progressivement mais je n’arrive pas à boire dans la bouteille d’eau qu’un bénévole m’a donné. Eau, banane, sac de victuailles, couverture de survie ( bienvenue car un vent fais nous assaillit) puis enfin médaille bien méritée et enfin, récupération du sac déposé dans les bus.

Je marche péniblement mais j’avance vers la sortie pour rejoindre mon mari qui m’attend dans la zone de réunion des familles. Nous avions convenu de nous retrouver entre 15h30 et 16h30. Si au-delà, je n’étais pas revenu, c’est qu’il m’était arrivé quelque chose, il fallait alors qu’il rentre à l’hôtel attendre qu’on l’appelle.
Heureusement, tout s’est bien passé pour moi. Après m’être assise deux minutes, je préfère rentrer au plus vite à l’hôtel pour prendre une bonne douche.
Nous rentrons à pied (durée 20 minutes), ma médaille au cou, en boitillant un peu. Tous les passants qui nous croisent me gratifient d’un « Congratulations » qui efface toutes mes douleurs. Je suis fièvre comme tous ceux qui ont couru et soufferts avec moi tout au long de ces 42,195km de Hopkinton à Boston.

Après une bonne douche chaude, une séance d’électrostimulation, me voici requinquée, nous sortons pour le repas post-race à House of Blues près de Fenway park.
Encore une fois, nous sommes déçus car nous avons pour dîner des chips, une bouteille d’eau et quelques sandwichs froids. Nous repartons, le ventre vide le long de Boylston street jusqu’au Prudential Center où j’avais repéré un restaurant le Wagamama, la suite ici.

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